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Footballeuses Marocaines

vendredi 9 mars 2007, par Hebmaster


Elles ont leur championnat, leurs stars (dont une pro !)… et des problèmes à la pelle. Evidemment. Mais elles aiment le foot comme des hommes, voire plus.

On savait que le football était le premier sport national. Il est aussi en train de devenir l’un des premiers sports… féminins du royaume. Difficile à croire ? Une première information, déjà : le championnat marocain compte un peu plus d’une cinquantaine de clubs (soit, en tout, entre 1500 et 2000 pratiquantes) répartis sur 8 ligues régionales. Ce qui fait dire au responsable d’un club, que le football féminin est “aujourd’hui présent dans toutes les grandes villes du pays”. Une présence que Slimani Alaoui, l’actuel sélectionneur national, entend exploiter au maximum, quitte à faire appel à des joueuses peu expérimentées. “Je mets un point d’honneur à sélectionner des joueuses de toutes les ligues. C’est le meilleur moyen d’encourager le développement du football féminin au Maroc”, insiste-t-il. Cela hypothèquera-t-il les performances de la sélection ? Rien n’est moins sûr, à voir les résultats récents des Lionnes de l’Atlas. Après une coupe arabe remportée en 2001, les “filles” sont parvenues en finale en 2006 (perdue contre l’Algérie). Et elles entendent bien laver l’affront à la prochaine coupe d’Afrique, dont les éliminatoires démarrent bientôt. En un mot, nos Lionnes ont plutôt la cote, puisqu’elles figurent à la 56ème position du classement mondial du foot féminin. Pas mal pour une sélection issue d’un championnat qui manque de tout. Car derrière le nombre de clubs et un certain engouement, le football féminin en est toujours à la première échelle de l’amateurisme.

Vive le système D Safi, ville de taille moyenne, mais ville de football féminin quand même. La cité des sardines et des poteries peut s’enorgueillir de compter deux clubs de football féminin : le Amal et le Wafae (deux prénoms féminins, comme par hasard) de Safi. Le premier a été créé à l’initiative de Fatéma Tamri, mordue de ballon rond. Mais l’accumulation des difficultés a rapidement poussé la présidente du club… à s’expatrier avec son époux français, plutôt que de continuer à diriger un club à problèmes. Son départ vers l’Hexagone laisse aujourd’hui le club sans présidente et sans ressources.

Quant au Wafae de Safi, club né il y a à peine deux ans, il n’a joué cette saison que quatre matches en tout et pour tout. “Dans la ligue de Doukkala-Abda, nous ne sommes que trois clubs : deux de Safi et un d’El Jadida. Du coup, comment peut-on parler d’un championnat au vrai sens du terme ?”, déplore Mustapha Benslimane, le président délégué du club.

L’équipe safiote compte malgré tout un effectif de 36 joueuses. Détail qui tue : les entraînements se déroulent sur le terrain d’une école primaire du lundi au vendredi. Et le dimanche, c’est à Sidi Sahel, dans la banlieue de Safi, que l’équipe se déplace, à coups d’allers-retours dans une fourgonnette louée à 200 DH !

“Nous ne recevons aucune aide, ni d’une instance régionale ni nationale. Même pour les équipements, nous avons dû nous débrouiller nous-mêmes : nous nous sommes démenés pour acheter les tenues et les chaussures pour les 24 joueuses, pour un coût de 23.000 DH”, tonne Mustapha Benslimane. Ce n’est pas fini. “Pour les déplacements, nous nous mettons d’accord avec le club hôte pour le logement des joueuses. Quant aux repas, nous cotisons pour payer aux joueuses quelques sandwichs”. Maigre consolation, le club se fait prêter un minibus par le conseil municipal pour ses déplacements hors Safi.

Quand la famille s’en mêle… Le cas des clubs de Safi n’a rien d’anecdotique. Il décrit au contraire la réalité de l’écrasante majorité des clubs de football féminin, qui ne peuvent compter que sur leurs propres et maigres ressources. Seule issue éventuelle pour dépasser l’ensemble de ces problèmes, s’intégrer au sein du club (masculin) phare de la ville. Ce qui ne va pas sans mal. À titre d’exemple, le Raja de Casablanca n’a pas d’équipe de football féminine. Il est à peine question d’un vague projet d’absorption d’un club casablancais, l’Etoile rouge (de Casablanca, pas de Belgrade !), qui devra bien évidemment changer de nom et surtout de couleurs. L’autre géant casablancais, le Wydad, possédait certes une équipe féminine. Mais cela fait quelques années qu’elle a disparu de la compétition. Sa résurrection est annoncée pour “bientôt”, sans davantage de précision. Quant au Hassania d’Agadir, il a choisi, aux dires même de son président, de “ne pas se compliquer davantage la vie”, conditionnant la création d’une branche féminine à “l’implication des parents et des tuteurs des joueuses dans la gestion du club”.

Les parents, la famille, sont des sujets qui reviennent sans cesse dans le foot féminin. Avec des fortunes diverses. La défenseuse du Amal de Safi (l’algérienne Fatiha Chemma, 20 ans) par exmple, prépare cette année son baccalauréat. Et elle aimerait bien concilier foot et études. “Le football, j’adore. Je l’ai choisi et j’ai envie d’aller le plus loin possible dans ce sport”, explique Fatiha, qui a eu la chance d’être encouragée par les siens. “Ma famille et mes amis m’ont énormément soutenue et mes parents n’ont jamais montré une quelconque opposition à ce que je reste dans ce sport”. Fatiha est l’exception qui confirme la règle.

Ainsi, au sein de l’équipe safiote, on cite le cas de trois jeunes filles au potentiel plus que prometteur, qui ont dû abandonner le football sous la pression familiale. “Deux d’entre elles ont été empêchées de continuer le football par leurs parents. Quant à la troisième, c’est carrément son frère qui l’a dissuadée de poursuivre une carrière”, raconte un responsable du club.

Pratiquement tous les clubs ont connu des cas de joueuses de talent obligées de tout arrêter. La solution pourrait venir de certains dirigeants d’équipes féminines qui espèrent signer (on croise les doigts pour eux) une convention avec le ministère de l’Education nationale, de façon à placer le football féminin plus ou moins sous la tutelle des “footballeuses”. “C’est logique étant donné que les filles sont pour la plupart des lycéennes, mais ce serait surtout un moyen de rassurer les parents, pas plus”, nous explique ainsi ce dirigeant de club. Bon courage mesdames et messieurs.

Palmarès. Berrechid superstar

En l’absence d’un véritable championnat rassemblant l’ensemble des équipes, celles-ci en sont réduites à s’affronter dans des tournois organisés à l’intérieur de chacune des ligues. Les champions de ligue se retrouvent, à la fin de la saison, pour les play-off, à savoir des matchs à élimination directe, avant la finale qui désigne le champion du Maroc. Depuis deux saisons, le champion national n’est autre que le Youssoufia de Berrechid. La recette du succès du club de la petite ville ? “Nous avons pris le football féminin au sérieux. Et nous déployons les efforts et les moyens pour permettre à notre équipe d’être performante. C’est aussi simple que cela”, explique Mustapha Bakri, secrétaire général du club fondé en 1997. Et il faut croire que ça marche ! Depuis ses débuts, le club a déjà été sacré cinq fois d’affilée champion de la Ligue du Grand Casablanca. L’équipe compte sur des joueuses formées au club, mais aussi sur des transfuges d’autres clubs, notamment casablancais. Mais la starlette de l’équipe reste sans conteste Lamia Boumehdi, qui a déjà embrassé une carrière professionnelle au PSG, ainsi que dans les championnats italien et norvégien. Pas étonnant dès lors que l’effectif du Youssoufia de Berrechid constitue l’épine dorsale de la sélection marocaine.

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